"On pense souvent que les gens qui sont forts mentalement n’expriment aucune émotion"

Interview avec Hanne Claes, sprinteuse et multiple championne de Belgique sur 200m et 400m haies. En 2018, aux Championnats d’Europe à Berlin, elle décroche une 4ème place sur 400m haies et en relais 4x400m avec les Belgian Cheetahs. En relais féminin et mixte, indoor et outdoor, Hanne est co-détentrice du record de Belgique.

Pourquoi as-tu choisi l’athlétisme plutôt qu’un autre sport ?

J’ai vécu au Costa Rica jusqu’à l’âge de 6 ans. Il y avait surtout du football et le football, c’était uniquement pour les garçons. Dès mon retour en Belgique, ma mère m’a encouragée à choisir un sport comme hobby. Peu importe le sport. J’en ai essayé plusieurs - tennis, danse et gymnastique,... -mais sans en pratiquer un bien longtemps.

A l’âge de 12 ans, j’ai été inspiré par ma mère. Chaque année, elle courait les 20 km de Bruxelles et nous allions la soutenir en famille. Marleen Renders, athlète olympique et spécialiste du marathon, remportait systématiquement la course, j’avais pour elle une véritable admiration. C’est ainsi que je pris la décision de faire de l’athlétisme, plus encore je voulais courir des marathons et être aussi brillante que Marleen Renders. Mon premier entraînement d’athlétisme fut un vrai succès, je me suis tout de suite fait des copines, je m’étais bien épuisée et je me sentais fatiguée après l’entraînement (c’était pour moi une condition indispensable). Mais mon rêve de faire du marathon fut rapidement rangé au placard parce que j’ai directement été mise dans le groupe sprint-haies. Bien heureusement !

Comment fais-tu face au stress ? Penses-tu que les femmes réagissent différemment par rapport aux hommes ?

L’astuce, c’est d’utiliser le stress comme un signal positif. Il devient alors ‘excitement’. Le stress galvanise ton corps et ton esprit lors d’un moment important. Sous stress, je performe toujours mieux. Trop de stress peut en revanche avoir un effet paralysant. Chacun réagit à sa façon aussi.

Quand je sens le stress monter, je visualise ma course. Cela me donne un sentiment de contrôle et de calme. Je sais ce que je dois faire à tout moment de ma course, donc je ne suis pas concentrée sur le résultat (un chrono, un lieu...), mais sur le processus (sur ce que j’ai à faire). Conséquence, cela fait nettement baisser la pression. Les exercices de respiration aident aussi à me calmer. Je concentre alors mon attention sur mes sensations physiques.

Hanne Claes pictured during the Diamond League athletics meeting in Brussels

Je ne pense pas que hommes et femmes réagissent différemment au stress. A mon avis, cela peut être très différent d’un individu à l’autre. Ce qui compte le plus ici, c’est que chacun sache comment gérer son propre stress. Le stress est également très situationnel. Certains athlètes ne ressentent aucun stress dans une situation bien précise, même lors d’une finale de championnat du monde, mais s’effondrent sous le stress lorsqu’ils doivent faire une présentation devant un large public.

Les femmes sont-elles aussi fortes mentalement que les hommes ?

Les femmes sont certainement aussi fortes mentalement que les hommes. On pense souvent que les gens qui sont forts mentalement n’expriment aucune émotion (stéréotype masculin classique). En réalité, il n’en va pas ainsi. Tout le monde éprouve des émotions et c’est en les exprimant et en leur donnant une place que tu crées une plus grande résilience mentale.

Les émotions affectent nos pensées et la manière dont nous nous comportons, c’est pourquoi il est préférable de ne pas les ignorer. La résilience mentale, c’est quelque chose que tu dois développer, entraîner et de nouveau, cela varie d’un individu à l’autre. Il s’agit de se relever après des revers, d’apprendre à faire face à des événements difficiles de la vie (inversion des pensées négatives, gestion de son énergie, comment réagir dans certaines situations,...). Donc, je ne vois aucune raison pour laquelle les hommes seraient mentalement plus forts que les femmes, la différence se marque au niveau de la détermination que tu as à vouloir travailler sur toi-même !

Y a-t-il (eu) des femmes coachs en athlétisme de haut niveau ?

Malheureusement, il y a peu de femmes coachs en athlétisme de haut niveau. Les hommes sont encore majoritaires. A l’époque de mes 15-17 ans, j’ai eu une coach et c’est encore toujours la meilleure coach que j’ai eu sur le plan personnel. Elle me connaissait comme sa poche et me comprenait à fond, je pouvais discuter de tout avec elle. Elle m’insufflait une telle confiance en moi que j’arrivais à me surpasser.

Hanne Claes

À un moment donné, elle a démissionné parce qu’elle ne pouvait pas combiner sa vie privée et professionnelle avec le coaching. Les coachs de club ne reçoivent généralement qu’une petite rémunération et les séances d’entraînement ont souvent lieu le soir après le travail. Quand elle a eu son premier enfant, cette combinaison est devenue trop lourde. Ce qui, bien sûr, est tout à fait compréhensible.

Le coach des Belgian Cheetahs est également une femme, en l’occurrence Carole Bam alias ‘mama Cheetah’. Nous sommes un team très soudé, un groupe d’amies et elle en fait partie. C’est une coach de haut niveau et elle a dû se battre et travailler dur pour arriver là où elle est maintenant. Elle est très appréciée en tant que coach et nous pouvons la consulter en permanence.

Penses-tu que les hommes coachs comprennent les caractéristiques spécifiques de la femme athlète, sur le plan hormonal par exemple, et ajustent les grilles d’entraînement en conséquence ?

A mon sens, la majorité d’entre eux sous-estiment l’importance du cycle menstruel et ne disposent pas de toutes les informations nécessaires concernant l’impact des hormones sur les performances sportives et les blessures. En réalité, je crois que des informations précises et une bonne communication permettraient d’ajuster les grilles d’entraînement en conséquence.

Hanne Claes

L’équipe féminine de football du Chelsea FC (Royaume-Uni) en est un bon exemple. Dans cette équipe, les grilles d’entraînement individuel des joueuses sont adaptées aux phases de leur cycle menstruel. En effet, on est convaincu que la prise en compte du cycle menstruel dans les grilles d’entraînement et dans les schémas d’alimentation peut aider à contrôler les fluctuations de poids auxquelles les athlètes font souvent face pendant certaines phases de leur cycle. Les fluctuations du cycle hormonal influencent aussi la vulnérabilité des joueuses aux blessures des tissus mous. Les lésions des ligaments antérieurs croisés par exemple sont associées au cycle menstruel.

Qu’espères-tu encore réaliser au cours de ta carrière active ?

J’aimerais courir la finale aux Jeux Olympiques Tokyo 2020 cet été et aussi décrocher une médaille aux CE. Individuellement et/ou avec les Belgian Cheetahs.

Sais-tudéjà ce que tu vas faire après ta carrière d’athlète ?

Je n’ai pas encore de plans concrets. J’aimerais vivre et travailler à l’étranger pendant quelques années. Ce qui me plairait vraiment, c’est d’avoir ma propre petite entreprise, probablement en lien avec le sport. Et d’avoir un bébé, de devenir maman. 

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